Lymphocytes activés et syndromes mononucléosiques

Les lymphocytes stimulés (ou activés, ou immunostimulés, ou grands lymphocytes hyperbasophiles) sont des lymphocytes T suppresseurs (rarement NK) réagissant au contact de cellules infectées ou anormales.

 

Quelques caractéristiques générales.

 

- Nb +/- important de Ly activés selon la nature de la réponse immune, càd selon la maladie en cause

 

- l’immunostimulation est progressive sur 1 à 2 semaines (souvent maximale en parallèle des signes cliniques)

 

- elle cesse en règle générale après quelques semaines.

 

- elle est régulée : les Ly activés ont une vie courte (qq jours), et des cellules en apoptose sont parfois visibles sur les frottis sanguins

 

Sur le plan morphologique.

 

Immunostimulation progressive + vie courte des Ly activés Þ les Ly sont à des stades +/- francs de l’immunostimulation Þ hétérogénéité morphologique, avec :

 

- QQ Ly activés très grands : jusque 30 µm de diamètre, noyau de contour irrégulier, chromatine dense (nucléole rare), cytoplasme intensément basophile avec basophilie irrégulièrement répartie

 

- Un nb variable de Ly à divers stades d’activation, de morphologie intermédiaire entre les grands Ly activés et les Ly normaux : hétérogénéité de taille, de forme, et de basophilie cytoplasmique (basophilie cytoplasmique plus intense et irrégularité du contour nucléaire plus forte à mesure que les cellules sont plus grandes).

 

- QQ cellules en apoptose (surtout visible dans la MNI)

 

Le syndrome mononucléosique se définit par :

 

- Présence d’au moins 50 % de cellules lymphoïdes (tous types confondus) (Nb total de leucocytes = N ou augmenté)

 

- Au moins 10 % des leucocytes sont des Ly activés

 

- Grande hétérogénéité morphologique des lymphocytes.

 

- Présence fréquente d’un petit Nb de petits plasmocytes réactionnels (2-5 %, rarement plus), signant une synthèse d’IgM (voir « étiologie d’une plasmocytose sanguine»)

 

On peut ainsi séparer :

 

- les « syndromes mononucléosiques vrais » (MNI, CMV, toxoplasmose, dengue, primoinfection VIH, médicaments), qui remplissent tous ces critères

 

- les nombreuses situations d’immunostimulation (virales ou autres) au cours desquelles on observe qq (< 10%) de Ly +/- activés

 

 image-MNI-pour-texte

Légende : cellules mononucléées sur le frottis sanguin au cours d’une MNI, classées de haut en bas et de gauche à droite en fonction de leur niveau d’immunostimulation. En haut les lymphocytes de morphologie normale (les 6 premières cellules) puis les cellules de + en + activées.

 

Diverses particularités morphologiques presque constantes au cours de la MNI :

 

- nombreuses cellules éclatées : témoin de la fragilité des cellules immunostimulées,

- qq lympho-plasmocytes et plasmocytes (= production d’IgM),

- cellules en apoptose : seraient spécifiques de la MNI, représentant jusqu’à 20% des leucocytes (JF Lesesve, LACH-SZYRMA et al apoptotic cells Clin Lab Haematol 1999 ;21 :277-280)

- cellules avec un noyau en trèfle (15% des cas).

 

Aspect rare et particulier à l’infection CMV

 

Cellules géantes (50-60 µm) d'origine endothéliale, parfois visibles aux extrémités des étalements sanguins : gros noyau excentré, ovale, avec une face aplatie vers le centre de la cellule et une chromatine granulaire, et un cytoplasme riche en inclusions virales (apparaissant comme une multitude de petites granules éosinophiles) ; ces cellules peuvent parfois évoquer un mégacaryocyte (Kroft).

 

Détection des lymphocytes activés par les automates.

 

Messages d’alerte différents selon les automates : suspected blast cells, atypical (variant) lymphocytes, abnormal lympho/lymphoblastes, …

 

Les lymphocytes stimulés sont inconstamment détectés par les automates :

 

                      - ils se localisent sur le scattergramme leucocytaire comme un nuage étalé +/- proche de celui des lymphocytes et des monocytes,

                      - parfois inclus parmi les monocytes, les LUC, voire les basophiles (Brigden et al. Infectious mononucleosis in outpatients. Arch Pathol Lab Med 1999, 123 : 875-881)

 

Syndromes mononucléosiques : variations selon l’âge.

 

- La lymphocytose est globalement comparable chez les enfants de < et > 4 ans, mais il y a moins de lymphocytes stimulés avant 4 ans (SUMAYA Pediatrics 1985 ;75 : 1003 – 1010).

 

- Chez les sujets âgés le nombre de lymphocytes et de lymphocytes stimulés est moindre (CARTER et al. Mayo clin Proc 1978;53:146-150). La lymphopénie est exceptionnelle mais est alors sévère et de mauvais pronostic (BAR et al. Arch Intern Med 1975;135:334-337).

 

Quelques remarques pour réaliser un décompte précis des lymphocytes activés.

 

* Lors de l’examen du frottis sanguin au faible grossissement :

 

           La présence de cellules éclatées limite la précision du décompte (regarder au lieu de dépôt de la goutte de sang sur la lame si l’observation est possible à cet endroit (cellules non éclatées) ;

           Rechercher les cellules les plus grandes et les plus basophiles : si on en observe rapidement cela signifie qu’elles sont nombreuses et qu’il s’agit sans doute d’un syndrome mononucléosique vrai (on regarde précisément ces cellules au fort grossissement));

 

* Puis on regarde au fort grossissement les critères morphologiques des cellules lymphoïdes : on doit observer un polymorphisme cellulaire :

 

         Taille : mélange de cellules grandes, moyennes et d’autres proches de la taille d’un grand lymphocyte,

         Basophilie cytoplasmique : s’intensifie quand les cellules sont + grandes

         Noyau : contour variablement irrégulier, chromatine mature, +/- mottée (nucléole absent ou rare).

 

* Le décompte.

 

On dénombre les lymphocytes, les lymphocytes nettement activés, et quand un lymphocyte montre un aspect intermédiaire (dans une MNI ont peut en retrouver jusqu’à 15-20 %) on inclut le premier parmi les lymphocytes et le suivant parmi les lymphocytes activés.

 

 Liens :         Observation 29 

 

 

 

Février 2013