Polynucléaires neutrophiles : le cytoplasme et ses anomalies

A l’état normal il est difficile d’estimer précisément le nombre et la taille des granulations dans le cytoplasme des PNN : il dépend du protocole de coloration MGG utilisé (parfois les colorations « rapides » ne colorent pas les granulations)

 

Chez le sujet sain les granulations primaires (= granulations azurophiles) sont colorées dans les myéloblastes et promyélocytes, et ne le sont plus à partir du stade myélocyte.

 

Les granulations secondaires commencent à apparaître au stade myélocyte et sont très majoritaires ensuite : elles sont colorées en marron, brun-lilas ou brun-rouge selon le protocole de coloration utilisé.

 

1. Défaut ou absence de granulations (hypogranulation).

 

Anomalie pas toujours facile à identifier, correspondant le plus souvent à un défaut de colorabilité des granulations secondaires.

N'a pas de lien avec le déficit en myéloperoxydase des neutophiles ( = déficit quantitatif ou qualitatif au sein des granulations primaires)

 

Défaut modéré (granulations + pâles) :

                    grands états inflammatoires,

                    carence en fer (et exceptionnel déficit en lactoferrine),

                    infections aiguës bactériennes ou virales (avec ou sans autres anomalies quantitaiteves et/ou qualitaitves des neutrophiles)

 

Défaut sévère = signe de dysgranulopoïèse : 

Le cytoplasme présente parfois une couleur « ivoire » (blanc-jaunâtre)

Anomalie isolée ou associée à d’autres anomalies nucléaires et/ou cytoplasmiques

S'observe au cours de :

                  SMD, SMD/SMP, et LAM (sans ou avec neutropénie).

 

 

PNN-hypogranuleux-dohle-SMD

Neutophile mature : cytoplasme dépourvu de granulations (en plus : segmentation nucléaire anormale, et un corps de Döhle) (SMD)

 

Remarques.

- L'hypogranulation est parfois un problème purement technique, lié au MGG qui colore mal les granulations dans les zones les plus richement cellulaires des frottis : à évoquer devant une LMC très hyperleucocytaire ou un frottis médullaire très richement cellulaire)

- Certains automates apprécient la « granularité » des leucocytes analysés (critères electro-physiques), et proposent un seuil en-deçà duquel la population neutrophile est considérée comme hypogranuleuse : le lien avec l'hypogranulation "morphologique" n'est pas constant.

 

2. Hypergranulation

 

Correspond à une colorabilité anormalement forte des granulations primaires et secondaires, leur membrane étant devenue plus perméable aux colorants.

Les granulations paraissent + grosses et + nombreuses

Cet aspect s'intitule également : "neutrophiles avec granulations toxiques »

 

Anomalie portant sur :

                un Nb variable de PNN (parfois 100 %) : infections bactériennes

                la quasi-totalité des PNN : traitement par G-CSF ou GM-CSF

                décrite comme physiologique et parfois observée en fin de grossesse

                situations exceptionnelles : * PNN hypergranuleux + hyperéosinophilie : évoque un syndrome hyperéosinophile (anomalie FIP1L1-PDGFRa)

                                                     * anomalie d’Alder observée au cours de certaines mucopolysaccharidoses (l'hypergranulatons peut aussi être considérée comme des granulations anormales)

  

PNN-hypergranuleux-infection PNN-hypergranul-infect
Neutrophiles "hypergranuleux" au cours d'une infection bactérienne Neutrophiles "hypergranuleux" au cours d'une infection bactérienne

 

3. Inclusions bleutées dans les neutrophiles matures : corps de Döhle et corps de May-Hegglin

 

Ces deux inclusions se ressemblent beaucoup etleur présence s'interpréter en fonction du contexte.

 

Corps de Döhle :                        petite inclusion bleue (0.5 – 1µm de diamètre) intracytoplasmique

                                                 correspond à un reliquat de l’ARN des précurseurs myéloïdes

                                                 On en observe 1 à 3 par PNN

 

On signale leur présence si le Nb de PNN concernés est ≥ 2 %

On les observe principalement au cours de :  infections sévères

                                                              grandes régénérations médullaires

                                                              syndromes myélodysplasiques.

 

Remarque : disparaissent rapidement si contact prolongé avec l’EDTA du tube de prélèvement

 

Corps de May-Hegglin :             inclusion bleutée (parfois très pâle) en général unique (ressemble à un corps de Döhle)

                                                présente dans la quasi-totalité des PNN et des éosinophiles

                                                au cours de la maladie de May-Hegglin : thrombopénie constitutionnelle à plaquettes géantes

                                                au cours d'autres macrothrombopénies constitutionnelles rarissimes.

 (les monocytes et lymphocytes contiennent également un corps de MH, mais visible uniquement au microscope électronique)

 

PNN-Dohle-infect PNN-MayHegglin
Corps de Döhle : infection bactérienne Corps de May-Hegglin : macrothrombopénie constitutionnelle

 

 Remarque. Parfois les PNN montrent une petite région sous-membranaire d’aspect +/- bleuté et dépourvue de granulations, correspondant vraisemblablement à un pseudopode (sans spécificité)

 

4. Granulations anormales

 

4.1. Maladies constitutionnelles.

 

Maladie de Chediak-Higashi : volumineuses inclusions rougeâtres ou +/- marron (avec neutropénie), visibles également dans une partie des autres leucoctes sanguins.

Anomalie d'Alder : mucopolysaccharidoses (cf plus haut : hypergranulation)

 

PNN-chediak1 PNN-chediak2
Maladie de Chediak-Higashi.  

 

4.2. Pathologie acquise.

 

Bâtonnets ou corps d’Auer

 

           Inclusions anormales formées par la fusion de plusieurs granules primaires

           Correspondent à de petits bâtonnets rouges (2 – 4 µm de long, très minces le plus souvent)

           S'observent uniquement en pathologie tumorale, signe du caractère myéloïde de l'hémopathie

 

Leur présence dans des blastes :

          Un à quatre bâtonnets d'Auer dans un nombre variable de blastes (de < 1/1000 à > 20 % des blastes) : LA myéloblastiques, myélomonocytaires, érythroleucémie

          Disposition en fagots : càd au moins 5 bâtonnets d'Auer par blaste (jusqu'à 50 % de blastes concernés) : LA à promyélocytes

          Plus rarement : 1 ou qq corps d'Auer dans qq blastes au cours de syndromes myélodysplasiques

 

Leur présence dans des neutrophiles matures :

          LA myéloblastiques, souvent avec t(8 ;21)

          LA promyélocytaires en cours de traitement différenciant (ATRA)

 

Bactéries intraleucocytaires

 

Aussi bien cocci que bacilles, présentes dans des vacuoles hétérogènes en taille et forme

Les PNN sont souvent très altérés, déformés, +/- lytiques, parfois regroupés en amas

 

Leur présence est évocatrice de sepsis très sévère (< 1% jusqu'à > 10 % de PNN contenant une ou + bactéries)

 

Remarque : parfois artéfact, si bactéries préalablement présentes dans un tube de prel. non stérile

 

 

PNN-bacteries Bactéries intraleucocytaires (septicémie)

 

Inclusion arrondie violacée ressemblant morphologiquement à un corps de Howell –Jolly

 

Fragment d’ADN ou chromosome sphérisé (coloré par la réaction de Feulgen)

En général unique, et présent dans le cytoplasme d'un petit nombre de PNN (1 - 5 %)

On en observe au cours de :

             Infection VIH : observée dans environ 12% des cas de SIDA (patients traités, parfois patients non traités) (Slagel AJCP 1994, 101 : 429-431).

             Conséquence de diverses chimiothérapies (mycophénolate mofetil, tacrolimus, chrorambucil, azathioprine, autres)

             Plus exceptionnel : myélodysplasies

 

Autres types d’inclusions :

 

Cristaux de médicaments, de bilirubine, de cystine, hémozoïne (pigment du paludisme), mélanine (mélanomes), GR (AHAI), cryoglobulines.

 

5. Présence de vacuoles cytoplasmiques.

 

PNN avec vacuoles variables en Nb et en taille, avec parfois tendance à la confluence

Observés surtout dans le sepsis sévère, avec souvent d'autres anomalies nucléaires et/ou cytoplasmiques associées (rechercher attentivement la présence d'éventuelles bactéries)

 

PNN avec vacuoles en Nb très élevé (jusque 20-30/ PNN), de taille +/- identique

Observés en association à la prise de toxiques, l'intoxication aiguë éthylique, le sepsis sévère

 

 La présence de vacuoles cytoplasmiques a également été rapportée au cours de cryoglobulinémies, de la dystrophie musculaire progressive (anomalie de  Jordan), après traitement par G-CSF ou GM-CSF

 

Remarque :  une vacuole (ronde, transparente) est occasionnellement visible dans quelques PNN normaux (= mitochondrie dilatée).

 

 

PNN-vacuol-infect Vacuolisation cytoplasmique (septicémie)

 

On retiendra :

 

Défaut de granulations (= défaut de colorabilité) : 

            Infections / inflammations

            SMD, LA

 

Excès de granulations (=hypercoloration des granulations) : 

            Infections (surtout bactériennes)

            Traitement G-CSF, GM-CSF

            Maladies exceptionnelles

 

Inclusions anormales : 

            Corps de Döhle (infections/régénérations)

            Corps de May-Hegglin (macrothrombopénie contitutionnelle)

            Maladie de Chédiak Higashi

            Corps d’Auer (blastes, PNN)

            Inclusion proche d’un corps de Howell-Jolly : VIH, chimiothérapies

            Vacuoles (infection sévère, alcoolisme aigu)

            Bactéries intraleucocytaires

            Débris divers intracytoplasmiques (cristaux, GR, hémozoïne, …)

 

 

 

Décembre 2012